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L’extraordinaire histoire du succès du vignoble chilien…

Si les moines ont planté les premiers pieds de vigne, dans le sillage des conquistadors, la viticulture s’est développée plutôt lentement au Chili. C’est au XIXème siècle que l’élite chilienne, éprise de culture européenne, développe la viticulture en s’inspirant notamment du modèle français, mais aussi allemand et italien. Toute cette période forge l’identité des vignobles actuels et permet ainsi de mieux comprendre son orientation qualitative précoce.

Dès le début du XXème siècle, le vignoble chilien passe, aux yeux de ses voisins, pour le vignoble qualitatif du continent. En 1912, Viña Unduragga est le premier domaine à exporter sa production vers les Etats-Unis. Concha y Toro exporte son vin en direction de la Hollande dès 1933 et  la même année l’entreprise en profite pour faire son entrée sur le marché des cotations en Bourse.

A partir de cette époque, les producteurs sont bien conscients de la valeur de leur production sur les marchés étrangers, production qu’ils ont d’ailleurs adaptée pour l’exporter. Et cette volonté de commercialiser leurs meilleurs crus aux quatre coins du monde se poursuit même durant la période la plus sombre de l’Histoire du Chili.

C’est donc tout naturellement qu’au début des années 80, lorsque les vins du Nouveau Monde commencent à s’imposer en Angleterre ou aux Etats-Unis, les Chiliens disposent déjà d’un outil de production et de commercialisation adapté à cette nouvelle réalité.

Les principales entreprises du pays, comme Concha y Toro, n’ont pas attendu ce moment pour installer leurs filiales sur ces marchés stratégiques et positionner durablement leurs marques en concurrence directe avec les vins d’appellation européens. Si bien que lorsqu’en 1994, l’Etat chilien légifère afin de créer les premières aires d’appellation, il ne fait que poursuivre cette orientation qualitative.

Au même moment, les investisseurs français arrivent dans le pays et engagent des coopérations avec les grands domaines locaux. Ce phénomène va donner un coup d’accélérateur au vignoble chilien qui aujourd’hui se positionne comme le meilleur d’Amérique Latine.

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L’histoire du classement de 1855…

La genèse de ce classement est aussi importante que le classement lui-même. Il concerne pour l’époque l’ensemble des crus de la Gironde.

La notion de cru, qui apparaît au XVIIème siècle, constitue l’un des premiers pas vers une cotation officieuse. Le marché des vins de Bordeaux est régi par un fonctionnement simple à trois intervenants : les courtiers, les négociants et les propriétaires. Les courtiers assurent entre la propriété et le négoce la péréquation des prix et quantités. Ceux-ci, lorsqu’ils sont requis, servent non seulement d’intermédiaires, mais doivent avoir, pour la transmettre aux négociants, une connaissance parfaite des crus. Dès le début du XVIIIème siècle, cette pratique a conduit ces opérateurs privilégiés, à établir une cote des différents vins. Celle-ci s’appuie non seulement sur la connaissance gustative, mais aussi et surtout, sur celle des vignobles. Les notions de « grand vin » et « second vin », qui prennent forme dès le début du XVIIIème siècle, dans les plus grandes exploitations (Haut-Brion, Margaux, Latour, Lafite…), constituent l’un des critères de ces jugements qualitatifs qui restent fondés sur l’originalité des terroirs.

Les documents, révélant la pratique officieuse des courtiers, apparaissent ainsi dès 1730. L’une des sources les plus importantes est celle des livres de courtage du bureau Tastet-Lawton (depuis 1742). Le journal de voyage de Thomas Jefferson (1787), les notes de Guillaume Lawton (1815), soulignent les progrès qui s’accomplissent au fil du temps dans l’art de juger les grands vins. Dès cette époque, l’importance des terroirs est affirmée avec force. Thomas Jefferson constate l’écart qualitatif important entre deux propriétés « séparées seulement par un fossé ».

Les premiers livres utilisant cette connaissance professionnelle sont publiés au début du XIXème siècle. Dans les différentes éditions (de 1816 à 1832) de la Topographie de tous les vignobles connus de A. Jullien, le  vignoble de Bordeaux est présenté en deux parties : vins rouges et vins blancs, les crus étant répertoriés en cinq classes, accompagnées des prix pratiqués pour chacune d’entre elles. Le Producteur, journal des intérêts spéciaux de la propriété vignoble du département de la Gironde, présente à partir de 1838, l’ensemble du vignoble bordelais. Dans de nombreux tableaux, la cotation des courtiers est utilisée.

D’autres références existent parmi lesquelles, celle de W. Franck (1824) Traité sur le vin du Médoc et les autres vins rouges et blancs du département de la Gironde, celle de Ch. Cocks (1850) dans la première édition de Bordeaux et ses vins.

Ces documents sont intéressants à plus d’un titre. Ils indiquent clairement à cette époque, une nette préférence du marché pour les vins du Médoc et ceux du Sauternais. Les cours de ces derniers sont deux fois ceux des Graves et trois fois ceux de Saint-Emilion. Par ailleurs, ils reflètent une bonne stabilité du classement encore officieux.

Ainsi, en 1855, la Chambre de Commerce de Bordeaux (où sont présents quelques négociants) voulant présenter les vins de la Gironde à l’Exposition Universelle de Paris, désire que cette présentation s’opère dans les meilleures conditions. En réponse à la demande la commission impériale de l’Exposition Universelle, le Président de la Chambre de Commerce, L. Duffour-Dubergier, précise : « Ce n’est qu’à ce point de vue de l’intérêt général que la présence des vins français à l’Exposition nous paraît utile. Si au contraire il s’agissait de favoriser les intérêts particuliers, nous n’hésiterions pas à déclarer que mieux vaudrait selon nous qu’aucun de nos vins ne figurât à l’Exposition ».

Afin que les vins présents ne soit pas jugés par des personnes non averties, la Chambre de Commerce préconise que les vins de la Gironde soient hors concours et présentés selon une classification précise. A cette fin, elle demande au syndicat des courtiers de lui fournir « la liste complète des vins rouges classés de la Gironde, ainsi que celle des grands vins blancs ».

Le 18 avril 1855, le Syndicat des Courtiers remet son classement, non sans prendre quelques précautions : « Vous savez comme nous, Messieurs, combien ce classement est une chose délicate et éveille des susceptibilités. Aussi, n’avons-nous pas eu la pensée de dresser un état officiel de nos grands vins, mais bien de soumettre à vos lumières un travail dont les éléments ont été puisés aux meilleures sources ».

La lettre du 18 avril 1855 du Syndicat des Courtiers de Commerce près la Bourse de Bordeaux présente deux tableaux intitulés : « Vins rouges classés du département de la Gironde » et « Vins blancs classés de la Gironde ».

Loin d’être l’émanation d’une quelconque dégustation ou une analyse ponctuelle du marché, ces deux tableaux constituent au contraire la synthèse d’une connaissance pratique et statistique d’une profession qui possède alors plus de cent cinquante ans d’expérience. Seuls sont présents, les vins rouges du Médoc, les vins blancs liquoreux de Sauternes et Barsac, et le Château haut-Brion à Pessac (Graves).

En septembre 1855, les courtiers en préciseront l’esprit : « l’intention du syndicat, en rédigeant la liste des vins classés du département de la Gironde, n’a point été d’assigner un degré de supériorité à aucun de ceux qui sont compris dans chaque classe ; ils sont regardés  comme étant d’un mérite égal « .

Issue d’une pratique professionnelle, quasiment confidentielle, les deux tableaux transmis au mois d’avril vont constituer le classement de 1855. Cette référence, si souvent évoquée dans les revues et ouvrages spécialisés, possède de par sa nature une pérennité exceptionnelle, et deviendra rapidement la référence officielle des vins de Bordeaux.

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